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À Paris, à partir de 15  000 euros, l’agence matri­mo­niale Ivy Inter­na­tio­nal propose aux riches céli­ba­taires de trou­ver l’amour. Nous avons suivi James*, un banquier anglais, à son rendez-vous.

Un grand blond sort d’une berline noire rue SaintHonoré, un quartier chic de Paris. Costard bien coupé, la quarantaine, James nous tend sa main manucurée. Ce banquier anglais, installé depuis vingt ans en France, a l’air un peu nerveux. « Je suis de la vieille génération, pudique, c’est gênant de recourir à une agence matrimoniale, nous avoue-t-il dans un français parfait, avec une pointe d’accent british. J’ai un peu honte,je ne veux pas que les gens le sachent. » Dans quelques heures, James va peut-être trouver l’amour. L’agence matrimoniale Ivy International, spécialisée dans la clientèle aisée, a organisé un rendezvous galant avec Sofia, une architecte franco-italienne, mère de quatre enfants, installée à Rome. « James recherche une femme hyper-belle, de type mannequin, détaille Nathalie Linotte, samatchmakeuse, son entremetteuse, qui vient d’Anvers, en Belgique, où est basée la société. Il a fait la connaissance d’un modèle, mais ça n’a pas fonctionné. Elle nous a dit qu’iln’était pas son type, onpense qu’il a manqué d’attentions. » Selon l’entreprise, la fortune moyenne de ses 2100 clients oscille entre 10 et 50 millions d’euros. Certains sont connus, chanteurs ou acteurs – aucun nom n’est cité -, mais la plupart sont des hommes et des femmes d’affaires. Selon le forfait choisi, de 15 000 à 50 000 euros, les membres ont droit à huit à douze rencontres en une année, aux services d’un styliste, d’un psy, d’un coach fitness, etc. et à une logistique plus ou moins luxe, comme la location d’un jet privé. Pourquoi les millionnaires ont-ils du mal à trouver chaussure à leur pied ? « Les riches restent dans les mêmes réseaux. Ils ne rencontrent pas de nouvelles personnes et, si cela arrive, ils se demandent si c’est par intérêt, pour leur fortune », commente Valérie Willemsens, responsable des matchmakeuses.

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“Nous, les hommes, on ne veut pas se sentir sous”

« Le costume, ça ne va pas pour un rendezvous amoureux, débite James. Il faut que je me change. » Dans son appartement bourgeois du 7e arrondissement, où ce divorcé accueille de temps en temps ses trois filles placées en pension, James peste contre le Brexit, « un suicide collectif», et s’inquiète de l’image qu’il donne. «Je ne suis pas désespéré, j’y vais l’esprit ouvert et relax. Parfois, on n’a pas envie de coucher ensemble, mais c’est toujours plus sympa de passer une soirée avec une fille charmante que de rester tout seul. » Lové dans son fauteuil design, au milieu d’un salon décoré de tableaux pop art et de mobilier Louis XV glanés dans les salles de ventes, l’homme aux yeux bleus charmeurs dresse le portrait de sa femme idéale : « Quelqu’un qui veut s’amuser, pas tout de suite une grande histoire d’amour. Nous, les hommes, on ne veut pas se sentir sous pression. Peut-être que mon manque d’engagement pose problème… Je préfère une femme avec des enfants, ça rend moins égoïste, et puis j’ai fait le tour. Je ne veux pas de prise de tête, maisfaire des balades à vélo, dufooting, explique ce fan de golf. J’aimerais un profil international. Je ne vais pas sortir avec Marie-Christine Dupont qui n’a jamais quitté son T arrondissement. »

«Elle s’appelle comment déjà ?», demande-til un poil stressé car le temps file. « Sofia, chuchote la matchmakeuse. Vous avez reçuson profil. » «Ah oui ! C’est bizarre, on ne voit jamais les photos des candidates, mais bon, parfois la photo n’est pas bien. » «La photo, ce n’est pas la présence, souffle Nathalie Linotte, qui énumère : Sofia est une femme très belle de 1,66 mètre, la quarantaine, sportive, qui aime le vin rouge. » «Elle est petite, c’est dommage !J’aime les grandes brimes bien proportionnées, assène le banquier, cash. Mais elle fait du sport, donc elle est bien foutue ! Elle est venue de Rome pour me voir ?, demande-t-il, flatté, et lisant la suite du profil : ça veut dire quoi, elle veut un mâle alpha ? » A combien se monte sa fortune ? « C’est grossier de parler d’argent, tâcle James, gêné. Je suis un être humain et je me fous du fric. J’ai100000,200000 eurosou 3 millions d’euros, ça ne change rien, l’argent, c’est un détail. J’ai des amis qui ne savent pas si leurs amis sont de vrais amis ou s’ils le sont juste pour aller sur leur yacht. Ils ne font rien de leur vie, ils s’emmerdent. Moi, je ne prends pas l’hélico
pour aller à Gstaad le week-end. J’ai rencontré une femme trop riche via l’agence, ce n’est pas mon monde. Il faut être à peu près du même niveau. » Si James a fait appel à cette agence, c’est parce qu’il n’a «pas le temps ».

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“Protéger les clients des croqueuses de diamants et des gigolos”

« Quand t’as mon âge, tu vas plus draguer dans les bars. Après le divorce, j’ai essayé un site de rencontres, mais c’est comme la gare Saint-Lazare le matin, il y a de tout. Là, le tri est fait. » La bête noire de l’agence matrimoniale : les croqueuses de diamants et les gigolos. Comment en protéger ses clients ? « Les femmes comme les hommes paient, cela évite ce genre de désagrément, précise Nathalie Linotte. Avec 15 000 euros, on peut voir les intentions des gens. » James ne nous « chasse pas », mais il doit se préparer. Sofia apparaît au bout du couloir d’un grand hôtel dans une robe pailletée seyante, per
chée sur des talons vertigineux. Son avion vient juste d’atterrir. La brune piquante sourit, elle est fébrile. Elle s’éponge le front avec une serviette, commande une eau pétillante. James doit arriver d’une minute à l’autre. Cela ne fait que deux semaines qu’elle est inscrite dans l’agence. « Quand la vie sociale est établie, c’est compliqué, explique-t-elle. Le dernier homme que j’ai rencontré connaissait mon mari. L’agence matrimoniale donne cette page blanche sur laquelle onpeut écrire. Je cherche un mâle alpha, c’est-à-dire une personnalité forte et déterminée que je serai prête à suivre. » Ce qui serait rédhibitoire ? «La mollesse », dit-elle en souriant. Un grand blond nous cherche du regard. « C’est lui. J’en suis sûre ! », s’exclame-t-elle en rougissant. James la rejoint. La moue boudeuse, il regarde l’eau pétillante et se tourne vers Sofia : « On va prendre du vin ! L’alcool, c’est assez mâle alpha comme ça?»
(*) Les prénoms ont été modifiés

PAR JULIE GARDETT. PHOTOS : MICHEL SLOMKA POUR VSD

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