Avec son gros pull mode flanqué d’une étoile et son eye-liner rock qui lui donne des airs de Selah Sue – «vous êtes douée, tout le monde ne perçoit pas cette facette de ma personnalité!» –, Inga Verbeeck, 36 ans, tranche avec le look tailleur strict de la businesswoman qui enchaîne ses rendez-vous d’affaires dans les palaces. Caméléon, elle aime aussi la jouer girlie en robe à fleurs, mais sous ses atours elle ne fait jamais semblant d’être quelqu’un d’autre.

Les clients d’Inga Verbeek, entremetteuse professionnelle, ne cherchent pas une aventure, mais l’amour.

A même pas 40 ans, la blonde Belge semble déjà avoir eu plusieurs vies. Après avoir quitté le cocon familial à 17 ans, elle vogue de par le monde comme journaliste spécialisée dans la voile. C’est là qu’elle rencontre celui qu’elle va épouser à 21 ans seulement. «J’évoluais dans un univers où les acteurs étaient tous plus âgés que moi. J’ai fait comme eux et je me suis posée. Cinq ans plus tard, je suis devenue maman. Il m’a fallu onze ans pour me rendre compte qu’en fait mon mari – qui était absent en mer sept mois par an – n’était pas le bon. J’ai ensuite été célibataire pendant cinq longues années. J’ai rencontré des mecs sympas, mais personne qui m’ait donné envie d’emménager avec lui. J’étais devenue entrepreneuse dans le monde de l’acier et ma réussite professionnelle effrayait visiblement les hommes. C’est cette traversée du désert qui m’a ouvert les yeux sur le rôle-clé que peuvent jouer les agences matrimoniales. Bon, je dis ça, et finalement je suis amoureuse depuis trois ans d’un homme qui est le fils d’amis de mes parents et qui vit à seulement quinze minutes de chez moi!»

«Les sites de rencontre sont une perte de temps. Mon frère y a passé des mois et s’est fait avoir trois fois car il n’y a pas le moindre contrôle sur l’authenticité des profils»

En 2010, elle abandonne le monde de l’acier et se met à travailler pour l’agence matrimoniale qu’une de ses amies dirige à Londres. «Pour moi, les sites de rencontre sont une perte de temps. Mon frère y a passé des mois et s’est fait avoir trois fois car il n’y a pas le moindre contrôle sur l’authenticité des profils. Les applis comme Tinder, c’est essentiellement fait pour le sexe, même si je n’exclus pas qu’une aventure puisse déboucher sur une belle histoire d’amour. Je voulais travailler dans un environnement où les clients cherchent vraiment un partenaire sérieux. J’ai donc appris les ficelles du métier chez mon amie, avant de monter Ivy International l’an dernier.»

Une entreprise qui a immédiatement attiré une clientèle haut de gamme, de par sa finance d’inscription de base, qui est de 10 000 euros. «Oui, je comprends que ce chiffre puisse choquer, explique calmement la jeune femme. Mon but n’est pas de faire de la ségrégation et de travailler uniquement avec des riches, loin de là. La somme agit comme filtre naturel, écartant immédiatement les candidatures peu sérieuses et ceux qui pourraient mentir sur leur statut de célibataire. Quand vous investissez autant, c’est que vous voulez vraiment trouver l’amour. Et j’ai fait mes calculs, et pour que je puisse passer suffisamment de temps avec chaque client pour faire son profil et pour lui trouver des partenaires compatibles tout en le guidant tout au long du processus, les frais allaient être élevés.»

Cela dit, la demande est là, puisque Ivy International compte désormais environ 2000 clients dans le monde – dont quelques célébrités –, qu’il y a une liste d’attente pour les clientes féminines de plus de 55 ans («souvent les hommes ignorent notre existence») et que la battante entremetteuse vise désormais le marché nord-américain. «J’emploie 22 personnes et nous avons des antennes à Amsterdam, Anvers, Vienne, Barcelone, Milan, Copenhague, Berlin, Paris et Genève. La Suisse est très importante pour nous: elle compte beaucoup d’expatriés et faire des rencontres n’est pas aisé dans votre pays. Cela dit, j’adorerais y vivre: j’y passe tous mes hivers depuis que je suis petite!»

Mais comment cela se passe-t-il concrètement? «Aujourd’hui, les gens ne savent plus se faire la cour. Nous sommes d’ailleurs en train de mettre sur place un cours pour que nos clients puissent y remédier… Bref, cela commence par un premier entretien. Notre service est ouvert à tous, hétérosexuels comme homosexuels, mais je me garde le droit de refuser certaines candidatures. Comme cet homme pourtant passionnant à qui j’ai gentiment proposé avec tout le tact nécessaire de passer d’abord par la case dentiste avant de me soumettre son profil! Ensuite, notre travail est de connaître suffisamment nos clients pour leur appliquer quelques principes simples afin que les paires se dessinent. Il y a certaines règles auxquelles je ne déroge que si mon sixième sens me pousse à le faire: je ne présente jamais deux personnes avec plus de dix ans d’écart, jamais un homme à une femme qui gagne plus que lui ou qui est plus grande que lui. Je sais, ça peut paraître fou, mais mon expérience me prouve qu’entre eux cela ne collerait pas. J’évite également d’organiser un rendez-vous entre deux personnes qui exercent la même profession. Ils finiraient par s’ennuyer à force de parler boulot et on sait bien que l’ennui et la routine tuent le couple.»

Après avoir eu accès à un profil et à une description de l’élu(e) éventuel (le) au téléphone, les clients s’organisent pour se voir. Rien n’est joué d’avance et ceux qui aiment le jeu de la séduction, son petit côté «chasse», ne sont pas frustrés. «Chez nous, il n’y a aucun rendez-vous raté: au pire, les prétendants repartent amis, et au mieux, la petite étincelle est là.»

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inga 24 heures
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